J’aime pas l’ehpad.

Cela fait un bout de temps que je traine ce projet de billet au fond de mon tiroir-cloud sans arriver à le terminer.

J’ai hésité à reprendre mon texte, c’est pagailleux, trop épidermique … et puis tans pis: si vous avez le temps ,parcourez la suite, mais vous êtes prévenus …

J’aime pas l’ehpad.

D’abord pour le nom.

Cette manie de toujours mettre des sigles incompréhensibles pour nommer tout et rien.

Ehpad.
Établissement hospitalier personnes âgées dépendantes.
Non, c’est pas ça.
C’est hébergement le h.
Puis manque le «d’» devant hébergement et la conjonction «pour» devant le mot personne.
Donc c’est Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.
Ça devrait donc être Edhppad. là on est sur de pas confondre avec ipad, tandis que l’ehpad, un jour de rhume …

Bon,quand on est perdu, c’est sûr, la question est plus rapide, mais pas toujours la réponse:
Pardon madame (monsieur), ou se trouve donc l’ehpad ?
Comment ?
Pardon, (plus fort), où se trouve donc l’Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes?
J’ai compris, j’suis pas sourde, vous voulez dire la maison de retraite ?
Oui c’est çà, merci.
Bon, c’est vrai c’est plus court pour la signalétique dans nos petites villes et donc moins onéreux … Parce ce que le panneau Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, bonjour la taille et la prise au vent !!
Mais cela fait tellement sérieux , réfléchi, médical … et d’actualité …
Y a le mot dépendance …
Même que ça fait plein d’années qu’on réfléchit à la financer cette fichue dépendance et qu’on ne sait toujours pas comment : mais elle existe elle est reconnue elle est sur le panneau.

(parenthèse)
Mais c’est quoi cette dépendance ?
Quand j’étais tout petit, dans la région ou sont nés mes parents, au fin fond des Pyrénées ariégeoises, les anciens, même (très) fatigués , même( très ) vieux, même (très) malades … Ils restaient chez eux. Et tous autour, enfants, proches, voisins s’occupaient d’eux.
Le boulanger , l’épicier s’arrêtaient devant leur porte.
Un voisin venait dire bonjour.
La solidarité était « naturelle », sans complication.

Quand ils étaient trop bizarres, un peu «dérangés» et qu’ils mettaient la pagaille, ils partaient à l’hospice.
Ben oui, on disait l’hospice.

Puis on a construit une maison de retraite dans la vallée.
Au début , c’était plutôt vide, puis avec le temps, avec la disparition du travail local, la fuite des jeunes dans des villes plus ou moins lointaines,la fin des tournées des commerçants, elle s’est remplie.
Pas un choix de personnes.
Un choix de société , un peu imposé .
Il y a un bout de temps que je n’y suis pas retourné . Maintenant cela s’appelle peut être sûrement ehpad.
(fin de parenthèse).

J’en étais au nom.
Donc il y a très longtemps hospice.
Puis maison de retraite et foyer logement.
Ça parle plus ou moins, c’est encore humain.
Maintenant ehpad et ehpa.
Ah, oui pour foyer logement c’est ehpa, et le a il se transforme en autonome à la place d’âgée.
Faut suivre.
Peut être un nouveau test alzhamerien.
Si on se trompe sur la signification du a on passe de l’ehpa à l’ehpad.

Après il y a l’administration.

Depuis que c’est ehpad, les ex maison de retraite essaient d’imposer un contrat de travail à ces chers généralistes qui voudraient continuer à suivre leurs patient(e)s hospitalis(e)es-hébergé(e)s dans leur établissement.
4 ehpad différents, 4 contrats différents …

Un conseil de l’ordre qui donne tout un panel de récriminations mais demande de signer tout en joignant toutes ces doléances.
Çà aide bien.

Rien signé.
Depuis quelques temps cela relance dur.

Chaque fois des contraintes d’horaire, de prescription décrétées de façon unilatérale sans concertation.

Passer avant 9h, cela ne va pas, c’est le grand boum du matin, personne n’est disponible.
Entre 12 et 14 … Tout le monde mange; après 18h, c’est le pompon, l’infirmière n’est plus là, l’ordinateur est éteint, le patient finit de manger ou est déjà couché avec son somnifère.

Il y a une quinzaine d’années on nous a poussé, dans l’intérêt général, à ne plus faire de visites.
Ok.
Réorganisation du fonctionnement du cabinet, modification des horaires de consultation …
Et la, faudrait faire fi de cela pour suivre les directives de l’administration.
On marche encore sur la tête.

Après, si on a réussi à rencontrer le (la) patient(e), il faut se battre avec un logiciel insipide,imposé, diffèrent dans chaque ehpad, dont la formation aurait été faite un mercredi matin de janvier ou d’aout entre 10h00 et 10h15.

Ensuite, il faudrait se limiter à une liste limitée de médicaments exprimés en nom de marque (mais si mais si) surtout et principalement agréée par la pharmacie, rentabilité oblige.
Ah oui, j’ai oublié de le dire, la demande de visite, en cas de renouvellement, est liée aux exigences de vendeur de comprimés (c’est jeudi, un point c’est tout), la disponibilité du patient ou du généraliste, on s’en moque.

Parfois,donc, on arrive à rencontrer son (sa) patient(e).

Mais pas tout de suite.

D’abord contourner les difficultés d’entrée de certains ehpad, véritables forteresses des temps modernes.
Arriver dans une plage horaire à priori favorable (cf ci-dessus), mais qui ne tient pas toujours compte de l’atelier mémoire-belote-chant-macramé ou de la messe.

Passer par l’infirmerie (des fois il y a eu changement de chambre …), assimiler l’avalanche de nouveaux problèmes à régler survenus depuis l’appel de 10H (à 10H, c’est juste pour les médicaments, à 15H fièvre, toux, mal au ventre, glycémie à 2g, tension haute, plus le terrible «n’est pas bien» classique et assourdissant)

Et arriver dans cette chambre si triste, si petite, hopitallyke, avec un, parfois deux meubles personnels, quelques photos et un grand sourire «c’est vous docteur, j’suis content(e) que vous passiez, il y a longtemps que je n’ai vu personne».

Solitude.
Triste solitude.

Le personnel soignant, aussi agréable et efficace qu’il soit (et c’est toujours le cas), semble totalement intégré à la structure et n’a plus d’identité en temps que personne.

Alors on parle.
Mme (ou Mr) ne me semble pas si mal que ça.
On parle du temps, de la télé, des repas servis un peu tôt, mais qui sont souvent bons, des voisins de table pas toujours choisis qu’il faut supporter, parfois de la famille (pas avec tous, sujet parfois un peu délicat), d’une sortie éventuellement faite dans le mois, de l’ennui, du ressenti de mal dormir, de quelques douleurs (mais c’est normal docteur, à mon âge).

Et souvent j’oublie la liste des soucis … parfois de refaire l’ordonnance … de repasser à l’infirmerie …

Et je repars avec cette désagréable et de plus en plus insupportable sensation d’abandon de nos ainés dans ces structures, de ne strictement rien apporter, de justifier ce fonctionnement …

Mais que proposer d’autre ?
Comment faire autrement ?
Est-ce la peur de de me retrouver un jour au même endroit qui me glace autant?

J’aime pas l’ehpad

Publié par dominique

15 commentaires

  1. Juste pour signaler une petite faute :
    « il y a longtemps que je n’est vu personne »

    Mais sinon c’est très intéressant 🙂

    Réponse

    1. Merci .. Et merci 🙂

      Réponse

      1. De rien… Et de rien 😀

  2. Beau billet ! Tu aurais pu dire, aussi, la loooongue quête del’infirmière que l’on ne trouve jamais, la géolocalisation du patient descendu en salle quand tu voudrais l’examiner dans sa chambre, ou qui est sous la douche quand le médecin arrive. Le bureau exigu et couvert de paperasses où il est bien difficile de rédiger une ordonnance, les prescriptions qui s’égarent, le kiné qui demande une prolongation de prescription, la psychologue qui pense qu’un antidépresseur serait bien pour le 12, la visite qui devait durer 40 mn (pour un patient, et qui durera 90 mn pour 3 patients), l’insatisfaction douloureuse des soins dispensés quand on quitte l’établissement, ce malaise insidieux devant l’ennui chronique des « résidents » qui n’attendent, trop souvent que la mort. Moi non plus je n’aime pas l’EHPAD, pourtant il faut bien que des médecins s’y collent, ne serait-ce que pour alléger les ordonnances folles des gériatres hospitaliers et essayer de donner un peu de vie aux années de nos patients plutôt que des années à leur vies !

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  3. […] Cela fait un bout de temps que je traine ce projet de billet au fond de mon tiroir-cloud sans arriver à le terminer.J’ai hésité à reprendre mon texte, c’est pagailleux, trop épidermique … et puis tans pis: si vous avez le temps ,parcourez la suite, mais vous êtes prévenus …  […]

    Réponse

  4. Merci, merci, merci!
    Parlons-en de ces logiciels imposés… où un seul médecin par patient peut intervenir. On ne peut pas signer ses actes ou ses observations quand on voit le patient d’un autre médecin en garde. On ne peut même pas assumer nos actes, ou il faut tout faire à la main, donc avoir un dossier-papier à côté du dossier informatique…

    Réponse

  5. Merci à toi pour ce billet, tellement vrai, tellement beau. Merci pour eux.

    Réponse

  6. Tout est vrai dans tout ce que tu dis à propos de l’ehpad également nommé résidence ehpad ou maison de retraite ehpad. Certaines personnes n’ont jamais entendu parler de ce fameux sigle « Ehpad ». Pour le public ehpad et maison de retraite veulent dire la même chose. Or, il est important de distinguer la maison de retraite classique qui accueille les personnes âgées autonomes et l’ehpad ou maison de retraite médicalisée.

    Réponse

  7. il y a aussi des Maisons (oui, c’est comme ça qu’on appelle celle où je travaille: « la Maison ») où le médecin est accueilli; Les visites sont programmées;
    Quand le médecin arrive, le logiciel est allumé, à son nom; il travaille dans le bureau du médecin coordonnateur et de l’infirmière référente. On lui explique pourquoi il vient, comment va son patient depuis la dernière fois, ce qui s’est passé. On a prévenu le résident de la visite de son médecin. celui ci a donc été habillé plus tôt, ou n’est pas allé à son loto du jour. Il y sera accomagné plus tard.
    Le médecin a le libre choix de ses prescriptions, même si le « médecin co » essaye toujours de les alléger le plus possible.;) la discussion est libre.On l’aide avec le logiciel, on le guide. plus aucun médecin n’a de souci avec notre logiciel d’ailleurs.
    S’il y a urgence, et que le médecin ne peut pas se déplacer, on fait appel au médecin co ou à un autre confrère qui pasaite par là pour dépanner, avoir un avis.
    Si le patient est hospitalisé, le médecin co prend des nouvelles régulièrement et les transmet au médecin traitant.
    Une fois par ant, on se fait une bonne bouffe tous ensemble, à la Maison, les médecins traitants et le med co, avec la directrice et les infirmiers, pour parler de notre entente. Qui est bonne.
    les médecins viennent voloniers chez nous. les résidents aussi.
    Parfois, ça ne va pas; Parfois il manque du personnel, Parfois les résidents ont mal mangé, ont été couché tard.. Parfois la vie en collectivité est pesante.
    Mais souvent, on est bien, à la Maison..
    😉

    Réponse

    1. Tu as de la chance dans ta maison ..
      Dernière épisode cette semaine ..
      Lundi appel à 11h pour une patiente ayant fait un probable AIT vers 6heures; le médecin co ne prenant pas de décision me demande de passer ; je vois la patient à 14h … a bien récupéré mais tachycardie +++ et dyspnée +++; hospitalisation.
      J’apprend ce matin par sa fille qu’elle est sortie après 48h …
      Pas de nouvelles de l’ehpad …

      Réponse

      1. C’est une volonté de la directrice, et il y a une âme, un vrai projet d’établissement: tout pour le service au patient. La Maison a une histoire depuis les années 1800, que nous perpétuons.
        C’est pas de la chance, et ça se travaille jour après jour. Et parfois il y a des ratés…

      2. Impression de vivre un rêve en te lisant …

  8. Mouais,

    Tout cela manque bien d’empathie pour les autres professionnels de santé. Ceux-là (les infirmiers, mes aides soignantes, les pharmaciens et préparateurs) auraient aussi parfois beaucoup à dire sur les médecins, coordinateurs ou généralistes.

    Réponse

  9. dr niide (@docteurniide) 19 novembre 2014 à 22:53

    L’EHPAD, tentative de mettre en place une organisation hospitalière en ambulatoire. J’ai longtemps maugréé, pesté, râlé. J’ai finalement pris une décision. Je ne vaisplus dans les EHPAD ( sauf pour une patiente mais qui sera la dernière). J’ai hésité me sentant coupable d’abandonner mes patients qui y étaient admis. Oui mais le temps perdu très bien décrit dans ce billet et dans les commentaires est du temps perdu pour les autres patient, en particulier ceux à domicile qui n’ont pas d’autres alternatives que leur MG. Alors un peu honteux, mais décidé, je ne vais plus dans les EHPAD.

    Réponse

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